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Par Pablo Rutigliano – 7 octobre 2025

L’Argentine est cartellisée. Non seulement dans son économie, mais aussi dans sa pensée, dans sa bureaucratie, dans sa manière de dissimuler les privilèges de quelques-uns sous le déguisement de l’institutionnalité. Pendant des décennies, on a perfectionné un modèle de pouvoir qui se reproduit dans les bureaux, dans les chambres patronales, dans les secrétariats et au sein même des autorités de contrôle. On l’appelle « organisme de régulation », mais ce sont en réalité les gardiens d’un système qui ne sert qu’à perpétuer la corruption.

Cette structure qui domine le pays dans l’ombre a trouvé dans l’exploitation minière sa plus grande source d’impunité. On se partage les concessions, on manipule les chiffres, on sous-facture les exportations, on fait la contrebande de lithium, puis on s’assoit dans des conférences internationales pour parler de « transparence et de développement ». C’est un modèle obsolète, au service des monopoles et des multinationales qui rachètent pour une bouchée de pain les actifs des PME minières, véritables créatrices de valeur nationale.

Depuis des années, nous répétons la même mise en garde : la seule façon de rompre avec ce réseau d’intérêts passe par une tokenisation réelle, par la traçabilité blockchain, par une transparence vérifiable. Et c’est précisément ce qu’a proposé Atómico 3. Un modèle économique qui ne naît pas du discours, mais de la connaissance technique, comptable et juridique. Car dans le secteur minier, chaque peso investi dans l’exploration, le forage, les études de laboratoire ou la certification géologique est un actif économique activé, et non une dépense perdue. C’est la première pierre d’une réserve qui peut se transformer en richesse réelle, en devises authentiques, en développement durable.

C’est pourquoi la tokenisation n’est pas un caprice : c’est le pont entre l’investissement et la vérité. C’est l’outil qui permet que chaque centime destiné à une PME minière soit visible, traçable et auditable, selon des normes internationales et dans le cadre de la réglementation que la Comisión Nacional de Valores elle-même aurait dû renforcer, et non détruire. Car la Résolution 1060, au-delà de son intention régulatrice apparente, ne régule absolument rien : c’est une véritable mascarade institutionnelle. Une manœuvre qui, loin d’ordonner le marché, cherche à démanteler les modèles innovants, à écraser la transparence et à maintenir le contrôle d’un système dominé par les monopoles financiers. Quiconque a tenté de tokeniser des actifs sans se soumettre aux intérêts de cette caste — comme Atómico 3 — finit persécuté, diffamé ou suspendu.

Ce n’est pas un hasard si la suspension de l’entreprise est intervenue juste après que la Chambre latino-américaine du lithium, que je préside, a procédé en mai à une extension formelle de la plainte pénale dans l’affaire 3309/2023, ouverte en 2023. Cette affaire, portée devant la juridiction fédérale, ne se contente pas d’enquêter : elle a déjà établi judiciairement l’existence de contrebande et de sous-facturation du lithium. La justice fédérale a mis en examen et confirmé la responsabilité d’entreprises opérant en complicité avec ce même délit, mettant au jour le système d’évasion systématique que nous dénonçons depuis longtemps. Il ne s’agit pas d’une hypothèse ni d’une plainte en suspens : il s’agit d’un fait prouvé, d’un délit avéré et d’un système qui, malgré les preuves, reste protégé par les mêmes acteurs institutionnels qui auraient dû le démanteler.

Et ce n’est pas un hasard non plus si le Tribunal fédéral n° 4 a confirmé la mise en examen de Livent, validant par une décision de justice ce que la Chambre latino-américaine du lithium soutient depuis des années. Nous l’avons dit documents à l’appui, avec des audits, avec des rapports techniques, et nous l’avons réitéré dans chaque démarche judiciaire et administrative. La réaction a été immédiate : au lieu d’enquêter sur les responsables de la contrebande, la CNV a décidé de poursuivre l’entreprise qui proposait la transparence la plus avancée de la région.

La plainte déposée, l’affaire 36.601/25, le démontre clairement : les rapports techniques présentés par la CNV comme de prétendues preuves sont totalement infondés. Ils reposent sur des interprétations erronées, incohérentes et arbitraires qui ignorent la Loi sur le marché des capitaux elle-même, laquelle établit sans équivoque qu’Atómico 3 n’est pas une valeur mobilière. Cette seule condition invalide toute tentative d’appliquer des sanctions en vertu d’un régime qui ne lui correspond pas, et révèle une manipulation délibérée des critères juridiques pour justifier une suspension dépourvue de fondement.

À cela s’ajoutent d’innombrables défaillances techniques, où l’on prétend valider des critères qui n’existent même pas dans la réglementation en vigueur. Il n’existe aucune réglementation sur la définition d’un token, ni sur le déroulement d’un processus de tokenisation, ni sur son traitement comptable ou juridique au sein du marché des capitaux argentin. Autrement dit, la CNV a agi sans cadre légal, sans procédure réglementaire et sans compétence technique pour le faire. Ce que l’on observe clairement, c’est un abus de pouvoir et un arbitraire manifeste dans la décision de suspendre Atómico 3, portant atteinte non seulement aux principes constitutionnels de légalité et de procédure régulière, mais aussi au droit à l’innovation, à la libre concurrence et à la liberté économique.

Le président de la CNV et son entourage sont la représentation la plus fidèle de cette décadence. Ils parlent de réguler, mais ce qu’ils font, c’est détruire. Ils parlent de protéger l’investisseur, mais ce qu’ils font, c’est protéger les monopoles. Ils parlent de transparence, mais tout ce qu’ils montrent, c’est une mascarade juridique, technique et morale. Ils sont l’expression la plus évidente de ce que l’Argentine doit surmonter : la culture de la peur du changement.

C’est pourquoi il n’est pas surprenant que les médias payés répètent les communiqués officiels sans les lire, que la CAEM défende les mêmes entreprises mises en examen et que les fonctionnaires regardent ailleurs. Ce sont les pièces d’un même engrenage, d’une machine qui ne fonctionne que si personne ne la défie. Mais Atómico 3 l’a défiée, l’a exposée et l’a brisée. Et cela, dans un pays où la vérité dérange, a des conséquences.

Cependant, les affaires 36.601/25, pour diffamation et préjudice, et 3309/2023, pour sous-facturation et contrebande, avancent avec la force de la vérité. Car ce pays a besoin de retrouver sa dignité institutionnelle, a besoin de refaire confiance à ceux qui agissent, à ceux qui innovent, à ceux qui prennent des risques. Atómico 3 n’est pas né pour obéir au système, il est né pour le changer. Pour démontrer que la transparence ne se proclame pas, elle se met en œuvre. Que la traçabilité ne se promet pas, elle s’exécute. Et que la technologie ne se craint pas, elle se comprend.

Aujourd’hui, ce qui est en jeu, ce n’est pas une entreprise, c’est un modèle de pays. Un pays qui peut continuer à vendre son lithium au prix du silence ou le tokeniser en toute transparence et le mettre au service d’un développement réel. Ils ne nous feront pas taire. Ils ne détruiront pas une idée née pour libérer les PME, démocratiser l’exploitation minière et montrer que l’avenir est déjà là. Ils peuvent suspendre une entreprise, mais ils ne peuvent pas suspendre une vérité. Et cette vérité, tôt ou tard, les exposera devant l’histoire.