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Le rapport estime que ces complexes causent « des dizaines de milliards de dollars de pertes chaque année ». Des personnes originaires d’au moins 80 juridictions ont été retrouvées dans des complexes d’Asie du Sud-Est, quelque 120 000 ont été contraintes d’escroquer rien qu’au Myanmar, et l’on compte des victimes dans plus de 100 juridictions.

Les actifs virtuels constituent « un canal central de blanchiment », avec des desks OTC opérant au sein même des complexes ; un groupe de portefeuilles lié à l’un d’eux a reçu plus de 100 millions de dollars provenant de victimes. L’IA, les deepfakes et l’automatisation rendent l’activité moins coûteuse et plus évolutive, et les paiements instantanés peuvent déplacer l’argent en deux minutes.

Le GAFI fixe six principes, parmi lesquels couper les flux de bout en bout et agir dans les 24 à 72 premières heures pour geler les fonds. Il recense près de 120 cas issus de plus de 60 juridictions : la Scam Center Strike Force des États-Unis a neutralisé environ 1,4 million de comptes et gelé plus de 3,8 millions en actifs virtuels. Son président, Giles Thomson : « Alors que les criminels utilisent l’IA comme une arme, nous devons moderniser et accélérer notre réponse de toute urgence ».

Paris, 5 novembre 2026 – Un nouveau rapport , publié aujourd’hui par le Groupe d’action financière (GAFI), analyse les flux d’argent liés aux modèles économiques criminels intégrés des complexes frauduleux, qui causeraient des pertes de plusieurs dizaines de milliards de dollars chaque année.

Les dispositifs frauduleux comptant parmi les formes de criminalité organisée à la croissance la plus rapide au monde, le nouveau rapport, « Lutter de bout en bout contre les flux financiers illicites liés aux dispositifs frauduleux », documente l’existence de dispositifs frauduleux ou d’activités connexes dans des juridictions d’Afrique, d’Europe, des Amériques et d’Asie.

Le rapport identifie des approches pratiques pour démanteler les réseaux d’escroquerie. Il décrit l’infrastructure financière et non financière dont dépendent les réseaux criminels, notamment les services de paiement, les actifs virtuels, la technologie et les télécommunications, afin de renforcer la capacité mondiale à perturber l’activité criminelle avant et après que les victimes n’effectuent leurs paiements.

Des victimes sur deux fronts

Le modèle de centre d’escroquerie le plus documenté reste celui des grands complexes physiques. Les rapports indiquent que des personnes originaires d’au moins 80 juridictions ont été identifiées dans ces complexes d’Asie du Sud-Est, et l’on estime que rien qu’au Myanmar, 120 000 personnes ont été contraintes de commettre des escroqueries en ligne.

Les victimes de la traite utilisées dans des opérations frauduleuses peuvent être recrutées au moyen de fausses offres d’emploi, transportées à travers les frontières et soumises à la servitude pour dettes, à la séquestration, à la violence, à l’exploitation sexuelle, à la torture et à des menaces.

Par ailleurs, des personnes de plus de 100 juridictions ont été ciblées par des centres de cyberescroquerie, et les victimes subissent des pertes irrécupérables une fois les fonds retirés, transférés à l’étranger ou convertis en actifs virtuels.

Dans un cas, l’analyse de la blockchain a permis de retracer plus de 100 millions de dollars de produits provenant des victimes jusqu’à un groupe de portefeuilles d’actifs virtuels attribués à un complexe d’escroquerie, en suivant le mouvement des fonds à travers des réseaux de blanchiment de capitaux jusqu’aux points de retrait en espèces.

Les criminels s’adaptent pour échapper à la détection.

Les opérateurs de complexes d’escroquerie exploitent de multiples canaux financiers pour déplacer et blanchir les produits du crime, notamment les espèces, les comptes d’intermédiaires financiers, les services de transfert informels et les actifs virtuels.

Le rapport identifie les actifs virtuels comme un canal central pour le blanchiment d’argent, y compris des cas où des desks de gré à gré opèrent au sein des complexes frauduleux pour faciliter l’échange d’actifs virtuels et les transferts de fonds nationaux.

Les plateformes de paiement instantané font également l’objet de fraudes, ce qui permet de transférer les fonds générés par les escroqueries depuis le compte de la victime, parfois en seulement deux minutes.

Le rapport fait également état de l’utilisation généralisée d’appareils mobiles, de réseaux sociaux, de messageries, de plateformes en ligne et de services financiers numériques, ce qui accroît la portée des réseaux d’escrocs. Les contenus générés par l’intelligence artificielle, les hypertrucages (deepfakes) et l’automatisation réduisent les coûts de ces réseaux et les aident à étendre et accélérer leurs opérations, tout en rendant de plus en plus difficile pour les victimes l’identification des tentatives de fraude.

Le rapport constate aussi que les mesures coercitives ont poussé les opérateurs de réseaux d’escroquerie à se tourner vers des opérations plus petites et mobiles, et que les groupes criminels réaffectent un large éventail de lieux pour mener des fraudes en ligne, notamment des casinos, des chambres ou appartements loués, des cafés et des véhicules en mouvement.

Face à l’utilisation de l’IA et d’autres technologies par les criminels pour intensifier leurs escroqueries, nous devons de toute urgence moderniser et accélérer notre réponse. Cela implique de nous concentrer sur le démantèlement des réseaux criminels qui se cachent derrière les centres d’escroquerie, de collaborer de manière proactive avec les secteurs de la technologie, des réseaux sociaux et des communications pour prévenir et déjouer davantage d’escroqueries avant qu’elles ne se produisent, et d’intervenir plus rapidement pour geler et confisquer les gains obtenus une fois qu’elles ont été commises.

Giles Thomson , Président du GAFI

Il est nécessaire de s’attaquer au réseau criminel dans son ensemble pour soutenir la prévention.

Le rapport conclut qu’actuellement, les pays sont plus efficaces pour lutter contre les escroqueries au moyen d’actions en aval, telles que l’interception des paiements des victimes et le traçage des produits et des actifs.

Toutefois, le rapport exhorte les pays à combiner les interventions en aval avec la perturbation de l’activité criminelle en amont, ciblant l’infrastructure criminelle dans son ensemble . En identifiant des signaux précoces tels que la publicité frauduleuse, les activités de recrutement, les domaines malveillants ainsi que les numéros de téléphone et indicateurs de télécommunications suspects, il est possible de détecter la fraude avant même qu’une transaction financière n’ait lieu.

De nouveaux principes du GAFI pour démanteler les complexes frauduleux

Pour intensifier la lutte contre les pratiques frauduleuses à l’échelle mondiale, le GAFI a lancé ses principes pour combattre les flux financiers illicites liés aux complexes frauduleux, qui comprennent :

  • S’attaquer à l’écosystème criminel dans son ensemble : déplacer l’attention du complexe physique vers les dirigeants et contrôleurs criminels, les réseaux de recrutement et de traite, ainsi que les autres acteurs, structures et capacités essentiels aux réseaux d’escroquerie.
  • Perturber de bout en bout les flux financiers illicites : démanteler l’infrastructure et les services qui permettent les escroqueries, tout en bloquant, traçant, gelant et récupérant les paiements des victimes et les fonds générés avant qu’ils ne puissent être déplacés ou dissimulés.
  • Connecter les réseaux : échange d’informations et coopération entre institutions financières, entreprises technologiques, fournisseurs de télécommunications et autorités.
  • Agir rapidement par-delà les frontières : les 24 à 72 premières heures suivant la détection ou le signalement d’une escroquerie sont cruciales pour geler les fonds, récupérer les actifs et prévenir de plus lourdes pertes.
  • Placer les victimes au centre : veiller à ce que les enquêtes donnent la priorité à la protection tant des victimes d’escroqueries que des personnes victimes de la traite ou contraintes d’intégrer des environnements frauduleux, en garantissant des garanties adéquates, un soutien aux victimes et des mécanismes de signalement.
  • S’adapter et viser un impact durable : actualiser en permanence les approches opérationnelles, car les opérations frauduleuses peuvent se décentraliser, se relocaliser, changer de marque et remplacer l’infrastructure démantelée, en tirant parti de l’ingénierie sociale assistée par l’IA, de l’automatisation, des domaines changeants et des nouveaux canaux de paiement.

Des études de cas illustrant les bonnes pratiques

En tant que première étape de la feuille de route plus large du GAFI contre la fraude , le rapport comprend près de 120 études de cas et bonnes pratiques, couvrant plus de 60 juridictions, qui montrent comment la collaboration contribue à démanteler l’activité des centres d’escroquerie à travers le monde, par exemple :

  • La Semaine de perturbation du Centre interagences de lutte contre les escroqueries des États-Unis a neutralisé environ 1,4 million de comptes de réseaux sociaux et de messagerie électronique, ainsi que des infrastructures réseau malveillantes, a facilité des arrestations en Thaïlande et a conduit au gel volontaire de plus de 3,8 millions de dollars en actifs virtuels.
  • Le Centre indonésien de lutte contre les escroqueries (IASC, selon son sigle anglais) a bloqué plus de 515 000 comptes et restitué environ 10,9 millions de dollars américains aux victimes entre novembre 2024 et mai 2026.
  • Couvrant 85 % des utilisateurs de téléphonie mobile du Royaume-Uni, Scam Signals permet aux banques de recevoir en temps réel des indicateurs de risque issus du réseau mobile qui préservent la confidentialité, au moment précis où le client autorise un paiement. L’utilisation de ce signal a été associée à une réduction de 41 % du nombre de personnes escroquées et à une baisse de 44 % des pertes liées à la fraude.

D’ici à février 2027, le GAFI travaillera avec les secteurs public et privé afin d’identifier des solutions évolutives permettant de lutter contre la cyberfraude.

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