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Lale Akoner, analyste mondiale des marchés chez etoro, prend le pouls, dans son analyse hebdomadaire, de la vague de dépenses des géants de la tech qui met à l’épreuve la patience des investisseurs. Le Nasdaq 100 est brièvement entré en territoire de correction, tandis que grandissaient les doutes quant au moment où les investissements dans l’intelligence artificielle (IA) se traduiraient en génération de trésorerie. Parallèlement, la hausse des secteurs de la santé et de l’énergie suggère que les ventes ouvrent aussi la voie à de nouveaux leaders du marché.

Un marché plus sélectif

Le flux de trésorerie disponible trimestriel négatif d’Alphabet, les dépenses d’Amazon supérieures aux prévisions et les perspectives décevantes d’Intel ont contribué à déclencher la récente chute de la tech. Les investisseurs s’interrogent sur la rapidité avec laquelle les dépenses en IA deviendront rentables, tandis que persistent les inquiétudes concernant la demande de puces et les contraintes d’approvisionnement.

La solide croissance de Microsoft dans le cloud a offert une image plus favorable et indiqué que la demande de services d’IA reste robuste. Mais la croissance des ventes, à elle seule, ne suffit plus : les investisseurs veulent vérifier combien de trésorerie il reste après avoir payé la facture des infrastructures.

La manière dont les entreprises financent ces dépenses fait également l’objet d’un examen attentif dans un environnement où le coût du capital est plus élevé. Un endettement accru ajoute des charges d’intérêts, tandis que l’émission d’actions peut diluer la participation des actionnaires existants, une pression supplémentaire pour des investisseurs en actions déjà inquiets.

La prochaine ligne de partage pourrait se situer entre les entreprises capables de financer leur expansion avec la trésorerie qu’elles génèrent et celles qui dépendent de plus en plus de la levée de nouveaux capitaux.

La rotation est en marche, mais doit encore prouver sa solidité

Les actions équipondérées restent en dessous de leurs plus hauts. Néanmoins, les gains dans la santé et l’énergie, l’amélioration des tendances dans l’assurance et la résilience de certaines sociétés industrielles laissent entrevoir des opportunités au-delà des grandes valeurs technologiques.

La santé et l’énergie se distinguent le plus nettement dans les performances sectorielles récentes. L’ampleur de la hausse dans la santé est particulièrement solide : environ 88 % de ses composantes se négocient au-dessus de leur moyenne mobile à 200 jours.

Les corrélations entre actions restent également relativement faibles. Une liquidation généralisée provoque généralement une hausse des corrélations, car les investisseurs vendent dans différents secteurs. Ce signal ne confirme pas encore un retrait massif, même si les corrélations évoluent lentement.

Le prochain test consistera à vérifier si ces leaders émergents conservent leurs gains lorsque la tech sera de nouveau sous pression.

Quels secteurs peuvent supporter des taux d’intérêt plus élevés ?

La santé, y compris les grands laboratoires pharmaceutiques comme Eli Lilly et Gilead Sciences, bénéficie d’une demande essentielle et d’une croissance portée par de nouveaux traitements. Il convient de privilégier les entreprises financièrement solides : les prestataires de santé lourdement endettés sont moins protégés face au renchérissement du financement.

Les banques pourraient en profiter si les revenus des prêts augmentent plus vite que les intérêts versés aux déposants. Les établissements disposant de dépôts stables et peu coûteux semblent mieux positionnés, à condition que des taux plus élevés ne provoquent pas un ralentissement marqué et une hausse des pertes sur crédits.

L’énergie offre des opportunités parmi les compagnies pétrolières et gazières aux finances solides, comme ExxonMobil et Chevron, capables de financer leurs investissements avec leur propre flux de trésorerie. Il convient d’être plus prudent avec les raffineurs, après de fortes hausses boursières et des signes d’affaiblissement des marges de raffinage.

Les services de paiement et certains éditeurs de logiciels, comme Visa, Mastercard et Palo Alto Networks, offrent une autre voie. Les réseaux de paiement bénéficient de l’activité continue des transactions, tandis que les entreprises de cybersécurité fournissent une protection dont les clients peuvent difficilement se passer. Leurs activités dépendent moins directement d’une baisse des taux, même si leurs valorisations boursières restent sensibles aux rendements obligataires.

Ce sont des points de départ pour sélectionner des valeurs, et non des recommandations indiscriminées sur des secteurs entiers.

Les emprunteurs les plus fragiles commencent à montrer des signes de tension

Environ 10,7 % des prêts à effet de levier du secteur technologique se négocient à des niveaux de stress financier, contre environ 5 % pour l’indice général des prêts. La proportion de prêts technologiques en difficulté dépasse celle enregistrée pendant la pandémie de COVID-19.

Le financement de certains projets de centres de données se renchérit, car les prêteurs exigent une compensation plus élevée pour le risque. La pression est particulièrement préoccupante pour les emprunteurs qui dépendent d’un accès continu à la dette pour financer leur expansion.

Le danger est que les tensions financières commencent à restreindre l’investissement, puis se propagent aux fournisseurs et à l’emploi.

Les bénéfices servent d’amortisseur

La récente croissance des bénéfices, proche de 30 %, rend difficile l’adoption d’une position ouvertement baissière. La Réserve fédérale a maintenu ses taux d’intérêt et le rendement de l’obligation à dix ans se situe près de 4,93 %.

Des rendements obligataires élevés peuvent rester gérables tant que les bénéfices suivent. La combinaison la plus dangereuse serait un financement coûteux associé à des prévisions de bénéfices en baisse.

Conclusion pour les portefeuilles : garder un horizon plus long que celui des gros titres

Les baisses font partie de l’investissement, mais elles peuvent révéler des risques que la hausse des prix avait rendus faciles à ignorer. Profitez de cette correction pour revoir la concentration et vous demander quelles entreprises peuvent continuer à atteindre leurs objectifs si le financement reste cher.

L’objectif est de détenir des entreprises que l’on peut conserver pendant les périodes d’incertitude, parce que leur situation financière et leurs bénéfices soutiennent la conviction d’investissement. Un cours de l’action plus bas aide ; une entreprise capable de financer son propre avenir compte davantage.

Beaucoup de spectacle et des chiffres faibles ? Tesla doit prouver ses résultats

La présentation spectaculaire du nouveau Tesla Roadster 2, équipé de propulseurs SpaceX, a fait les gros titres. Cependant, avant que Tesla ne publie ses résultats trimestriels mercredi après la clôture du marché, l’événement pourrait aussi servir de diversion. D’autres facteurs seront plus importants.

Ce que les investisseurs doivent surveiller chez Tesla

  • Livraisons de véhicules et chiffre d’affaires.
  • Marges dans un contexte d’inflation et de concurrence sur les prix.
  • Progrès en matière de conduite autonome et de robotique.
  • Confiance des consommateurs comme indicateur de la demande.
  • Flux de trésorerie disponible après les milliards investis dans des centres de données d’IA.

Les analystes attendent un chiffre d’affaires d’environ 27,8 milliards de dollars. Le bénéfice par action devrait reculer à environ 0,44-0,45 dollar. La question fondamentale est de savoir combien de trésorerie Tesla génère réellement après ses importantes dépenses d’investissement.

La reprise technique menacée

L’action Tesla a chuté de 7,3 % la semaine dernière, à 355 dollars, repassant sous sa moyenne mobile à 20 semaines, autour de 366 dollars. Elle se négocie encore environ 20 % au-dessus du plus bas de juillet. Auparavant, le titre avait formé une correction ABC après avoir atteint un plus haut historique de 496 dollars en décembre 2025.

Pour que le graphique s’améliore durablement, Tesla doit franchir plusieurs niveaux de résistance. Il lui faut d’abord reconquérir la moyenne mobile à 20 semaines, puis celle à 50 semaines, située à 396 dollars. Au-dessus, une zone de résistance importante l’attend autour de 410 dollars.

À court terme, le risque d’une nouvelle baisse vers le plus bas de juillet a augmenté. Les acheteurs ont besoin de davantage de confirmations avant que l’on puisse parler d’un retournement de tendance à moyen terme.

SpaceX publiera également ses résultats mardi après la clôture du marché américain.

Les marchés du crédit commencent à devenir nerveux

L’écart ajusté des options (OAS) de la dette américaine à haut rendement mesure la prime d’intérêt supplémentaire exigée par les investisseurs pour les obligations d’entreprises américaines de faible qualité de crédit par rapport aux bons du Trésor des États-Unis. Un écart étroit indique une inquiétude limitée face au risque ; un écart plus large signale des craintes accrues concernant les défauts, le financement et l’économie.

L’écart se situe actuellement autour de 3,2 points de pourcentage, contre environ 2,6 points fin août. Ce niveau n’est pas encore alarmant d’un point de vue historique à long terme. Cependant, la forte hausse montre que les marchés du crédit deviennent plus prudents.

L’élargissement des écarts renchérit le financement des entreprises ayant d’importants besoins en capitaux. Il touche particulièrement l’expansion des centres de données, la production de puces et d’autres domaines de l’infrastructure d’IA. Un coût de financement plus élevé peut peser sur l’investissement, les marges et les bénéfices attendus.

Le marché du crédit devient donc un important test de résistance pour la thèse d’investissement dans l’IA. Une forte croissance du chiffre d’affaires ne suffit pas si le financement de cette croissance s’avère trop coûteux ou difficile.

Un élargissement significatif de l’écart indiquerait un moindre appétit pour le risque et un risque de défaut accru. Un niveau de 4 % ou plus constituerait un signal d’alerte beaucoup plus fort, sans pour autant marquer automatiquement un seuil de crise. C’est pourquoi les investisseurs devraient l’analyser conjointement avec les rendements obligataires, les credit default swaps (CDS), les banques et les prévisions des entreprises.

Une nouvelle hausse pourrait particulièrement pénaliser les valeurs technologiques aux valorisations élevées. Les entreprises lourdement endettées, disposant de peu de trésorerie ou ayant d’importants besoins d’investissement seraient particulièrement vulnérables. À l’inverse, une stabilisation de l’écart apporterait un apaisement à court terme aux marchés boursiers.

Pour les investisseurs de long terme, la question fondamentale est de savoir si l’élargissement de l’écart reste un réajustement normal du prix du risque ou s’il évolue vers des tensions de crédit plus généralisées.

La résilience du bitcoin mérite l’attention, même si les sorties des ETF se poursuivent

Un important piratage informatique visant une plateforme centralisée a ajouté de l’incertitude à un marché déjà affaibli. Cependant, la réaction initiale du bitcoin a été relativement contenue compte tenu de l’ampleur de l’incident.

Jusqu’à présent, l’épisode semble plus circonscrit que les faillites passées du secteur, qui s’étaient propagées à travers des prêteurs, des plateformes et des contreparties interconnectés. Cette évaluation reste provisoire. Il sera important de rétablir les retraits de fonds et de fournir des informations crédibles sur les réserves.

La capacité du marché à absorber les mauvaises nouvelles est encourageante. Le prochain test consistera à vérifier si cette résilience perdure.

Le bitcoin se négocie autour de 77 300 dollars, en baisse de 7,6 % en octobre. Ethereum se situe près de 2 240 dollars, en recul de 16,4 %.

Quatre points importants pour les investisseurs

  • Les sorties des ETF restent significatives
  • Vendredi, les ETF bitcoin ont enregistré des sorties nettes de 643 millions de dollars, tandis que les ETF ethereum ont perdu 155 millions. Les sorties des ETF ETH en octobre dépassent 1 milliard de dollars.
  • Ces chiffres rendent la réaction relativement contenue du bitcoin digne d’intérêt. Les prochaines séances montreront si les rachats ralentissent ou continuent de peser sur les prix.
  • Les acheteurs récents sont proches de leur prix d’acquisition

Le coût d’acquisition estimé des détenteurs à court terme se situe autour de 75 900 dollars. Cette métrique d’analyse on-chain inclut les pièces déplacées pour la dernière fois au cours des 155 derniers jours et donne une approximation de leur prix d’acquisition.

Avec le BTC proche de 77 300 dollars, la plus-value latente agrégée de ce groupe atteint à peine 2 %. Une chute durable sous ce niveau placerait l’ensemble des détenteurs récents en moins-values latentes et pourrait accroître la pression vendeuse.

La zone des 76 000 dollars constitue donc un test important de la conviction des détenteurs récents, et non un plancher garanti.

L’effet de levier a diminué, mais les risques persistent

Les liquidations ont atteint 1,57 milliard de dollars, tandis que l’open interest a reculé de 3 %, à 136,3 milliards. Une partie de l’exposition a été éliminée, même si les taux de financement du BTC restent positifs.

Les positions longues continuent de payer les positions courtes. Cela ne prédit pas une baisse, mais une nouvelle cassure à la baisse pourrait déclencher de nouvelles liquidations de positions longues.

La zone des 76 300 dollars est la référence technique immédiate, proche du coût d’acquisition des détenteurs à court terme. À la hausse, 78 670 dollars est le premier niveau à reconquérir et à maintenir.

Ethereum ne montre pas encore la même force relative

La paire ETH/BTC est passée de 0,0319 début octobre à environ 0,029. Ethereum continue de perdre du terrain face au bitcoin, tandis que ses ETF enregistrent des rachats.

La tokenisation et les nouvelles applications peuvent soutenir son potentiel à long terme, mais cela ne s’est pas encore traduit par une performance relative plus solide.

Le bitcoin a jusqu’ici absorbé un grave incident de sécurité sans effondrement proportionnel de son prix. C’est une information utile. Se maintenir près du coût d’acquisition des détenteurs récents, éviter une contagion plus large et observer une modération des sorties des ETF donneraient davantage de fondement à cette résilience.

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